La source de votre créativité : votre regard d'enfant

Mis à jour : il y a 5 jours


De grands artistes ont passé leur vie entière à tenter de retrouver le regard de l’enfant. Ce regard qui ne sait pas, ne nomme pas, observe ce qui se présente sous ses yeux sans jugement. Tout ce que l’on regarde subit la déformation de notre esprit sachant, conditionné, soumis chaque jour à un flot d’images et de pensées apprises. Ce regard neuf n’est pas uniquement le Graal des grands artistes, il est également précieux pour toute personne engagée dans une action créative qu’elle soit liée à une intention entrepreneuriale, managériale, de conception ou collaborative. Le regard est le premier pas vers la créativité. Mais lorsque l’on a accumulé des années d’expérience et d’expertise, il devient difficile de se débarrasser de ce savoir qui nous empêche non seulement de voir mais nous alourdit aussi d’un fardeau de préjugés qui brouille notre perception de ce qui est à voir. S’en dégager exige courage et conscience



© Henri Matisse, La Gerbe, papier et gouache, 1953.


Le peintre Henri Matisse conseillait aux personnes qui souhaitaient s’exprimer de façon originale, “il faut regarder toute la vie avec des yeux d’enfants” et aux visiteurs qui venaient le voir à Vence où il résidait à la fin de sa vie, il demandait systématiquement : “ Avez-vous vu les acanthes au bord de la route ? “. Personne n’y prêtait jamais attention tandis que tous les notait quand elles s’affichaient sculptées en haut d’un chapiteau corinthien. C’est “ce souvenir-même du chapiteau qui les empêche de voir l’acanthe au naturel”* expliquait Matisse.


Les “champions” de la créativité, entendons par là ceux qui ont des heures d’entrainement à leur actif, ont partagé le fruit de leur enseignements. Pour retrouver votre regard d’enfant, vous pouvez emprunter le chemin suivant :


1. Etre ici et maintenant

Préparer vote regard par quelques respirations conscientes pour quitter le flot des pensées et revenir à la sensation corporelles dans le moment présent.


2. Regarder sans nommer

Poser le regard sur l’être vivant, la scène, l’objet, le paysage sans chercher à le nommer, à le reconnaître. Prenez note mentalement de ses singularités en usant de termes neutres et factuels.


3. Observer vos propres sensations

Tandis que votre regard se porte sur ce qui est devant vous, regardez simultanément à l'intérieur de vous. Quelles sont vos sensations ? Vos émotions ? Notez les sans les juger.


De ce simple exercice, peut naître l’émerveillement devant le familier, et parfois même l’épiphanie. Vous vous retrouvez alors dans un lieu que votre corps reconnaît –  l’étincelle dans les yeux, un sourire esquissé au coin des lèvres, une sensation d’excitation sourde dans le bas ventre... – c'est l'anti-chambre de l’acte créatif : La joie de l’enfance qui ressurgit.



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* Extrait de Ecrits et propos sur l'art, Henri Matisse, Hermann éditeurs des sciences et des arts, 1991.

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