L'humain au cœur de l'architecture

Mis à jour : mai 23


À la sortie de cette année confinée, se sentir bien chez soi, avec les autres et avec ses voisins, est une clef de vie que nous sommes tous en mesure d'apprécier. Comme le rappelle l’architecte Christophe Hutin qui représente cette année la France à la 17e biennale internationale d’architecture de Venise : "L’architecture ce n’est pas fait pour être regardé, c’est fait pour être habité.(...) il y a des personnes à l’intérieur qui en font l’usage." Son métier depuis plus de vingt ans, explique-t-il, est donc "d'apporter sa compétence d’architecte pour aider les habitants et les accompagner à aller encore plus loin dans leur ambition et dans l'amélioration de leur cadre de vie”.

Les Hauts Plateaux, deuxième phase du projet © Christophe Hutin


A Mérignac, près de Bordeaux, il a rénové deux cités d’urgence conçues pour loger des travailleurs migrants arrivés il y a cinquante ans, soit 100 maisons rénovées, dans une démarche participative. Inspiré par son long séjour en Afrique du Sud au début des années 1990 dans le township de Soweto*où le jeune Christophe Hutin alors âgé de 19 ans s'installe après avoir raté le concours de la marine marchande, il découvre, médusé, les comportements de ses habitants qui assemblent et meublent leurs maisons de tôle et de briques en quelques heures à peine et le rituel des jeunes couples qui, au lendemain de leurs noces, construisent leur nouveau foyer avec des matériaux de fortune.


De retour en France, Christophe Hutin s'engage dans des études pour devenir architecte, bien décidé à réinventer l'architecture en défendant une nouvelle manière de bâtir nos habitations qui impliquera l'habitant à l'entreprise. Cependant, que cela soit clair, Christophe Hutin "ne souhaite à personne de vivre dans une maison en tôle réalisée avec 50 euros. ! En revanche, insiste-t-il, l’intelligence et la liberté constructive qui sont derrière sont inspirantes : avec très peu de moyens, les gens bâtissent leur cadre de vie."


Quand aujourd'hui, il rénove des logement sociaux, il précise : "On essaie de comprendre la situation de chaque habitant telle qu'elle est vécue. Quels sont leurs besoins ? Quels sont les problèmes ? Et on essaie de voir aussi ce qui va bien, car dans ces maisons souvent, il y a eu une amélioration faite par les personnes de l'environnement construit qui est plutôt intéressante, qui est une vraie ressource architecturale. Et donc, on essaye d'appuyer là où ça va bien, c'est-à-dire sur ce qui a été très bien fait." (...) Pour moi "les habitants" ça n'existe pas ; Je travaille pour « Mme Gomez », « Mme Ramos », etc. À chaque fois, il s’agit d’une proposition individuelle."

* Dans ce célèbre township ont vécu Nelson Mandela et Desmond Tutu et il abrite aujourd'hui le Musée de l'Apartheid.


Ces propos sont extraits de L'Institut Français et de sa participation France Culture.


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