Et si nos questions importaient plus que nos réponses ?

Dernière mise à jour : 4 juin


« J'ai des questions à toutes vos réponses ! » nous prévient Woody Allen. Et Albert Einstein de renchérir : « Si j'avais une heure pour résoudre un problème dont ma vie dépendait, je passerais les 55 premières minutes à chercher la meilleure question à me poser, et lorsque je l'aurais trouvée il me suffirait de 5 minutes pour y répondre ». Les designers aussi sont connus pour poser des questions là où il n'y a que des réponses, sans oublier les coachs qui balancent leurs questions dites "puissantes" pour nous faire avancer... ou les traditionnels philosophes et scientifiques dont le travail consiste à questionner le vivant pour mieux le comprendre... Finalement, il semblerait que l'humain ait bien plus avancé grâce à ses questions qu'à ses réponses... Alors ?



Chaque discipline a ses questions ! Les journalistes ont pour règle de répondre à cinq questions dans les premières lignes de leur papier pour capter le lecteur : Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Les professionnels de la communication savent orienter la réponse en utilisant un panel de questions ouvertes, fermées, miroirs, partielles, et même celles qui contiennent la réponse dans la question ! Le coach court-circuite la pensée de son client par l’interruption "questionnante" en évitant l'usage du « pourquoi » qui sape l’action et invite à l’analyse.


A l’inverse, le designer, lui, s’autorise le « pourquoi » enfantin, questionnant sans relâche les évidences, surtout au moment du "brief client" qui lui passe commande d’une réponse. « Vous désirez que je dessine un pont, mais pour quelles raisons les futurs usagers ont-ils besoin d’un pont ? Et si c’est pour passer d’une rive à l’autre, quelles pourraient être les autres options ?... » Oh oui, il n’est pas rare que ce questionnement créatif agace !


Car si enfant on pose des tonnes de questions, une fois passé sur les bancs de l’école et après avoir rejoint les fauteuils de l’entreprise, nos questionnements diminuent drastiquement. Notre éducation et la culture d’entreprise récompensent les réponses par cœur plutôt que les questions stimulantes. Et dans certains cadres, le questionnement est à peine toléré, et le questionneur souvent soupçonné d’une intention "subversive" par l'auditeur.


Et pourtant, comme le souligne l’expert en innovation Warren Berger dans son livre « A more beautiful question », les personnes les plus créatives et les plus performantes sont souvent des experts en questionnement. Ils pratiquent l'art de l'enquête, soulèvent des questions que personne d'autre ne pose et peuvent ainsi espérer trouver les réponses que tout le monde cherche. Les designers humano-centrés sont des adeptes du « pourquoi ? » et de la question actionnable « Comment pourrait-on.. ? » qui ouvrent le champ des possibles à la réflexion co-créative.


Les enjeux systémiques que nous affrontons actuellement – changement climatique, crise économique, bouleversement de nos modes de travail.. – nous réclament d’adopter ensemble (toutes disciplines confondues) ce questionnement humble, profond, imaginatif pour nous aider à identifier et à résoudre les "bons" problèmes, à trouver des idées qui changent la donne au profit de l'humain ET de l'ecosystème vivant dont il fait partie et à saisir de nouvelles opportunités.


_____________


Warren Berger, A more beautiful question, The power of inquiry to spark breakthrough ideas.


7 vues0 commentaire